Sud sauvage : Ruaha et Nyerere

Deux parcs immenses, peu fréquentés : Ruaha et ses meutes de lions au pied des baobabs, Nyerere parcouru en bateau sur la Rufiji. Le revers tranquille des safaris du nord.

Le sud de la Tanzanie couvre deux espaces protégés que nous opérons régulièrement depuis Dar es Salaam : le parc national de Nyerere, ancien Selous reclassé en 2019, et le parc national de Ruaha, à l'ouest. Ensemble, ils représentent près de 50 000 km² de brousse, ce qui dépasse la superficie de la Suisse. La fréquentation y reste sans commune mesure avec le Serengeti : sur certaines pistes de Ruaha, nous croisons trois à cinq véhicules dans la journée, contre vingt à trente sur les sites du nord.

Nyerere s'étire sur le bassin de la Rufiji, le plus grand fleuve du pays. La rivière dessine cinq lacs intérieurs, Tagalala, Manze, Nzerakera, Siwandu et Mzizimia, autour desquels se concentre la faune en saison sèche. C'est l'un des rares parcs de Tanzanie où le safari en bateau est autorisé : nos guides descendent la Rufiji entre les bancs de sable couverts de crocodiles du Nil et les groupes d'hippopotames, parfois plus de cent individus par mare. Le parc abrite aussi une population importante de lycaons, espèce devenue rare ailleurs en Afrique de l'Est, et environ 4 000 éléphants, en reprise après le braconnage intense des années 2010.

Ruaha se situe à 130 km à l'ouest d'Iringa, sur un plateau à 900 mètres d'altitude au sud, qui monte vers 1 800 mètres au nord-ouest. Le parc tient son nom de la Great Ruaha River, qui marque sa frontière sud-est et s'assèche partiellement entre septembre et novembre. C'est là que les concentrations de faune deviennent spectaculaires : les troupeaux de buffles dépassent parfois 500 têtes, et les chercheurs de la Ruaha Carnivore Project estiment à 10 % la part de la population mondiale de lions vivant ici. Les meutes y comptent souvent vingt individus, contre cinq à dix dans le nord. Le paysage est dominé par les baobabs Adansonia digitata et les commiphoras, avec quelques galeries d'acacias le long des cours d'eau.

Le sud reste habité par des populations rurales que les flux touristiques effleurent peu. Autour de Ruaha, ce sont surtout des éleveurs Barabaig et des cultivateurs Hehe, dont la capitale historique Kalenga, près d'Iringa, a résisté à la colonisation allemande jusqu'en 1894. À l'est, vers Nyerere, on traverse des villages Pogoro et Ngindo qui vivent de cultures vivrières, de manioc et de sésame, et de la pêche sur la Rufiji. La ville d'Iringa, étape pour Ruaha quand on combine route et avion, conserve un marché animé et une cuisine fortement marquée par les makande, ce mélange de maïs et de haricots cuits longuement, et par le kitumbua, beignet de riz fermenté du petit-déjeuner.

L'accès se fait quasi exclusivement par avion. Nous travaillons avec Auric Air, Coastal Aviation et Safari Air Link, qui relient Dar es Salaam aux pistes de Mtemere et Siwandu pour Nyerere (45 minutes à 1 h 15), et à Msembe ou Jongomero pour Ruaha (1 h 30 à 2 h, parfois avec escale). La route est techniquement possible jusqu'à Nyerere, environ 250 km depuis Dar, mais elle reste dégradée sur les 80 derniers kilomètres et n'apporte rien sur un séjour court. Pour Ruaha, la route depuis Dar dépasse 600 km et 10 heures de trajet, soit une journée perdue.

Le tourisme y a démarré plus tard que dans le nord, et l'offre d'hébergement reste constituée majoritairement de camps tentés de 6 à 12 tentes, souvent gérés par des opérateurs ayant signé des concessions avec TANAPA. Cela limite mécaniquement la pression sur les pistes et préserve un caractère plus brut, plus exigeant aussi pour les voyageurs qui cherchent du confort hôtelier classique.

À découvrir

Safari en bateau sur la Rufiji. Descente de deux à trois heures depuis Mtemere ou Siwandu, entre bancs de crocodiles et mares à hippopotames. Une perspective basse sur la faune que nous ne retrouvons nulle part ailleurs en Tanzanie continentale.

Lions de Ruaha autour de Mwagusi. Les meutes de la rivière Mwagusi, asséchée en saison sèche, comptent parmi les plus larges d'Afrique de l'Est. Nos guides y suivent régulièrement des groupes de quinze à vingt individus en chasse de buffles.

Baobabs du plateau central de Ruaha. Forêts ouvertes de baobabs millénaires entre Msembe et la Mdonya, avec des sujets de plus de 20 mètres de circonférence. Lumière rasante en fin d'après-midi, presque sans autre véhicule en vue.

Lycaons du sud de Nyerere. Le parc abrite l'une des dernières populations viables de chiens sauvages d'Afrique. Observation possible surtout en juin et juillet, période où les meutes restent fixées autour des tanières de mise bas.

Marché d'Iringa et site de Kalenga. Étape sur la route Dar-Ruaha, Iringa offre un marché de produits du plateau hehe et, à 15 km, le site historique de Kalenga où le chef Mkwawa résista aux Allemands jusqu'en 1898.

Quand y aller

Nous recommandons clairement la saison sèche, de fin juin à début novembre, pour les deux parcs. La faune se concentre sur les points d'eau résiduels : la Mwagusi et la Great Ruaha pour Ruaha, les lacs de la Rufiji pour Nyerere. Les températures diurnes oscillent entre 26 et 30 °C, les nuits descendent à 14-16 °C en juillet-août, surtout sur le plateau de Ruaha. Octobre et début novembre sont les mois les plus chauds et les plus secs, avec des maximales de 33 à 36 °C et des observations de prédateurs particulièrement régulières.

La saison des pluies se découpe en deux phases. Les petites pluies de novembre-décembre restent gérables : averses courtes, faune encore visible. Les grandes pluies de mi-mars à mi-mai rendent en revanche de nombreuses pistes impraticables, et plusieurs camps de Nyerere comme de Ruaha ferment intégralement d'avril à mai. Janvier-février constitue une saison verte intéressante pour les amateurs d'oiseaux migrateurs et de jeunes animaux, avec environ 100 à 150 mm de pluie par mois, surtout en fin de journée.

Conseils pratiques

Comptez au minimum 5 jours sur place pour combiner Nyerere et Ruaha, idéalement 7 jours en intégrant les vols intérieurs et au moins trois nuits par parc. Un séjour plus court justifie mal le coût des rotations aériennes. Le point d'entrée est l'aéroport international Julius Nyerere de Dar es Salaam, d'où partent les vols charters quotidiens vers les pistes des deux parcs. Nous organisons la liaison Nyerere-Ruaha en vol direct, environ 1 h 30, sans repasser par Dar.

La combinaison la plus cohérente reste sud puis Zanzibar et côte swahilie : 5 à 7 jours de safari suivis de 4 à 6 jours sur l'archipel, avec un vol direct Ruaha ou Nyerere vers Zanzibar opéré plusieurs fois par semaine. Combiner le sud avec le circuit Nord dans un même voyage est techniquement possible mais alourdit la logistique et le budget : nous le déconseillons sur moins de 15 jours. Le sud convient particulièrement aux voyageurs qui reviennent en Tanzanie après un premier safari classique, aux contemplatifs qui supportent peu la fréquentation du nord, et aux photographes en quête de lumières propres. Avec de jeunes enfants, Nyerere reste plus adapté que Ruaha grâce au safari en bateau et à des distances plus courtes entre camps.

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